Les Esséniens

Dieu sait que, contrairement à ce que l’on croit, nous, les Esséniens, n’avons pas toujours été des modèles en matière de tolérance! À dire vrai, nous étions quelque peu divisés au sein de notre communauté. Tellement divisés que le terme de Fraternité en était parfois malmené. Il y avait d’abord ceux qu’on appelait les « Aînés » et qui vivaient pour la plupart de façon très rude aux alentours de la Mer Morte, protégés par des murailles aux couleurs du désert. Eux également me faisaient parfois peur avec leur ascétisme presque aussi doctrinal que celui des Pharisiens. J’avoue que je n’ai jamais aimé leurs mœurs inspirées directement du Lévitique (1) 

Les Esséniens dans PEUPLES ANCIENS esseniens-1-8e069

. Oui, les Aînés étaient prompts à la punition! . . 

À chaque fois que j’ai été amené à leur rendre visite, j’ai compris qu’avec eux il était plus rapide et plus simple de dresser une liste de ce qui était permis que de ce qui ne l’était pas. Lorsque j’y pense aujourd’hui, je reconnais qu’il y avait chez eux une volonté tenace et sincère d’aller vers le Bien et le Vrai, vers ce qu’ils appelaient la « Lumière angélique du Très-Haut ». À l’inverse des Pharisiens, ils étaient honnêtes dans leurs excès; ils étaient sans calcul. Leur problème majeur, me semble-t-il encore, c’était malgré tout ce terrible orgueil non avoué, ce sectarisme élitiste qui les autorisait à peine à sortir de leurs retraites de pierre et de sable. 

En ce qui me concerne, je n’ai pas grandi dans leur entourage. Je me rattachais à « ceux des villages », à ceux que le peuple dans son ensemble qualifiait simplement de « Frères en blanc » à cause de leurs longues robes immaculées. Nous n’étions guère nombreux non plus, nous, les Esséniens des villages ; à peine quelques communautés éparses qui s’étaient fixées là où on pouvait cultiver et vivre par familles. À l’instar des Aînés, il faut le reconnaître, nous éprouvions de la difficulté à nous mêler aux autres. Nous étions également atteints de cette maladie qui nous faisait nous ressentir comme étant issus d’une « race à part ». Et pour cause ainsi que pour notre défense, contrairement aux ascètes de Qumran, nous placions d’abord notre foi quotidienne dans les vertus de la douceur et d’une plus grande souplesse. Nous nous efforcions donc de prôner la tolérance… même si une certaine rigidité persistait à vouloir nous rattraper régulièrement. 

Il est évident qu’il existait une forme d’incompréhension entre nous, ceux des villages, et les autres qui se cloîtraient dans leurs monastères. Face à ces derniers, j’ai souvenir que nous faisions figure de faibles et de déviants. Aux yeux de l’ensemble du peuple de Palestine, je dois pourtant dire que nous, les « déviants », étions plutôt respectés… si ce n’est appréciés. Pourquoi? Oh, je crois que c’est en premier lieu par intérêt pratique. Nous comptions beaucoup de thérapeutes parmi nous! 

Nous connaissions les herbes mieux que quiconque et nous ne cachions pas non plus notre compréhension des liens invisibles qui unissent l’âme et le corps. Nous disposions même d’un enseignement secret à ce propos au sein duquel il existait des rituels destinés à nous mettre en rapport avec le monde des Elohims et les hiérarchies angéliques. Chacun d’entre nous n’y avait pas accès, loin de là, mais cela se savait et cela contribuait à nous entourer d’une aura un peu magique ou tout au moins assez mystérieuse. Personnellement, ce regard que l’on posait sur nous ne me déplaisait pas. Je crois aussi que notre réputation de guérisseurs nous aidait beaucoup à « passer entre les gouttes d’eau de la vie » lorsque cela n’allait pas bien. Cela ne signifiait pas pour autant qu’on nous aimait – d’ailleurs je ne savais pas qui aimait qui – mais on nous respectait à peu près partout. On avait besoin de nous, c’était certain! Les bethsaïds   que nous avions aménagés un peu partout étaient des refuges absolus et gratuits pour les femmes enceintes, les blessés, les malades, les mourants et tous les nécessiteux de passage. 

Le sens de l’accueil, simple et droit, représentait peut-être notre première qualité ou spécificité. Au monastère du Krmet, où j’ai passé une bonne partie de mon enfance à l’étude des rapports entre l’invisible et le visible, nos enseignants adoptaient une position intermédiaire entre celle des Aînés du désert et les autres, celle des communautés villageoises. J’ai plus que jamais conscience aujourd’hui d’avoir été privilégié en étant admis à ces études mais je m’aperçois aussi que notre mode de vie y fut, malgré tout, tellement exigeant que j’aurais pu m’y briser. Après avoir été contraint durant de nombreuses années à de continuels allers-retours entre la douceur et la sévérité, j’ai longtemps gardé la sensation de marcher sur une corde tendue au-dessus du vide. 

Tous ceux de mon peuple qui étaient passés par l’entraînement et l’épreuve du Krmel savaient mutuellement se reconnaître à travers le pays. C’était par une sorte d’éclat différent dans le regard, une façon de marcher aussi et puis de parler. Ces indices suffisaient. Lorsque l’on sortait du Krmel, on se sentait donc nécessairement marginalisés, un peu « à part »… parmi ceux qui étaient déjà « à part ». 

(1) Lévitique: Livre attribué à Moïse, où la Loi divine est présentée de façon terriblement exigeante, réglementant la vie dans ses plus infimes détails. 

Les messages Esséniens – Daniel Meurois-Givaudan  - les  enseignements premiers du Christ. 

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