Village Essénien

Village Essénien dans ESSENIENS 211105_128128280598672_8083689_n

Je venais juste d’avoir quatre ans. Mes parents et moi habitions un petit village de Galilée à deux jours de marche au nord-est de Jappa. Jappa, c’était la grande ville, toute une aventure. Debout sur le muret du jardin qui entourait notre modeste habitation, je contemplais bien souvent la longue file de caravanes de chameaux qui s’y rendaient d’un pas nonchalant. 

C’était une de mes distractions favorites ; je me plaisais à imaginer les marchands commerçant à déballer sur la place de la ville les mystérieux contenus des énormes couffins accrochés aux flancs de leurs montures. Je n’avais connu ce spectacle qu’une seule fois, mais il avait fortement marqué mon imagination et mon esprit d’enfant. 

La vie étrange des petites ruelles écrasées de chaleur, les échoppes des artisans et des commerçants, les senteurs des épices, les cris du bétail et l’agitation du port, tout cela contrastait tellement avec l’existence calme et parfaitement réglée de notre village ! 

Mon père était potier et rares étaient les occasions où il se rendait à Jappa. Encore fallait-il l’en prier. Il préférait le rythme lancinant de son tour aux exhortations des marchands. Inconsciemment, je le lui reprochais un peu. N’y avait-il rien d’autre à faire à Jappa que d’acheter du grain une fois l’an ? Ma mère essayait parfois de me raisonner à ce sujet. Elle aussi était parfaitement rompue à la vie dure et simple de la campagne. D’ailleurs, elle avait toujours vécu là, comme tous ceux du village, le village des Frères, ainsi que l’appelaient ceux de Jappa. 

Des Frères de quoi ? 

Je l’ignorais, mais mon père et les autres occupants des habitations voisines disaient souvent que nous étions tous frères et qu’il fallait que j’aie beaucoup de respect pour ce nom-là. Mes questions n’allaient d’ailleurs pas bien loin, en dehors des heures de curiosité inquiète propres aux esprits des enfants qui s’éveillent, je trouvais une chaude sécurité au sien de notre petite communauté. Combien étions-nous, au juste, dans cet assemblage de constructions de torchis et de pierres, perché à flanc de coteau ? Cent cinquante ou peut-être deux cents, tout au plus. 

Notre village était entouré de ce qui me paraissait être, à l’époque, une véritable fortification et qui n’était, en fait, qu’un petit muret de pierres grises. Bien rarement ce muret dépassait un mètre de haut. 

Mon père me répétait toujours, comme pour être certain que ses paroles se gravent en moi, qu’il s’agissait de « l’enceinte sacrée », que tout ce qui demeurait et croissait à son ombre était pour nous protégé et béni. Chacune des maisons de notre village était entourée de quelques arpents de terre qui suffisaient aux nécessités de la vie quotidienne. Mais en bas, de chaque côté de la route de Jappa, nous cultivions tous les champs plus vastes. A ce qu’il m’en souvent, nous y travaillions d’un commun accord. Il ne venait à l’idée de personne de dire : « Ici, c’est ma terre, là, la tienne ». Chacun disait : « Voilà notre terre ». 

[…] En me promenant avec les enfants de mon âge à travers les sentiers poudreux qui formaient les ruelles de notre village, mes yeux rencontraient souvent des groupes d’hommes et de femmes aux allures un peu graves, aux regards curieusement profonds. Tous les visages ne m’étaient pas familiers et je compris vite que notre communauté devait servir en quelque sort de « relais » et accueillait des Frères qui venaient d’ailleurs après avoir beaucoup voyagé. […] Une fois rafraîchi, l’hôte éprouvait souvent le besoin de s’allonger, le visage contre terre, les bras en croix. Il semblait embrasser plusieurs fois le sol puis se relevait et, tandis qu’on l’escortait et qu’on lui couvrait le sommet de la tête d’un ample tissu blanc, il pénétrait dans la demeure qui l’accueillait ; les enfants étaient rarement admis à assister aux entretiens qui suivaient l’arrivée d’un étranger dans le village. Cela ne nous était pas formulé comme une interdiction, mais plutôt comme une règle, un fait acquis qui n’était pas discutable et avait ses raisons. Mais un fruit défendu se savoure toujours avec plaisir et il me souvient avoir réussi à me faufiler dans l’ombre d’une porte derrière un de ces éternels voyageurs qui franchissaient notre seuil. 

Devant lui, je vis mon père poser un genou au sol puis se croiser les bras sur la poitrine, le droit au-dessus du gauche. Il baissa alors la tête et l’inconnu lui apposa longuement une main au sommet du crâne. Ce spectacle me surprit tellement que je m’enfuis sur le champ, attirant dans ma maladresse l’attention des deux hommes. Le soir même, mon père vint me chercher sur le petit muret qui servait de repaire à mes imaginations enfantines. Un vent frais soufflait dans les figuiers et faisait frémir les rares lueurs des quelques lampes à huile éparses. Je me forçais à traîner les pieds car je ne voulais pas parler à ce père qu’il me semblait confusément avoir vu en état d’infériorité. 

Arrivés chez nous, il me hissa sur un énorme coffre de bois et me fixa droit dans les yeux. -       Simon, réponds à ma question : du maître et du serviteur, qui des deux, crois-tu, est le plus important ? 

Je ne comprenais pas ce qu’il cherchait à me dire. -       Les deux, reprit-il en insistant sur les syllabes. Les deux, car ils sont comme les deux mains d’un même corps, les deux yeux d’un même visage. Ils sont le vent et la voile, l’épée et le bouclier. L’un n’est que la moitié de lui-même si l’autre n’existe pas. 

Je ne comprenais toujours pas bien et il dut le sentir car il me serra contre lui puis, d’une vois plus chaude, il continua : -       Simon, il faut maintenant que tu apprennes la façon dont nous vivons. Demain, je t’emmènerai voir Zérah, celui qui a une longue barde et qui habite près de l’ancien puits. Il te racontera beaucoup de choses et tu seras très étonné. 

Extrait de : De Mémoires d’Esséniens : tome 1- L’autre visage de Jésus pages 11 à 16 –  par Daniel Meurois et Anne Givaudan aux éditions Le Perséa en 2000. 

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