La symbolique des arbres

 

 images (6)L’Homme accorde souvent à ses rêves ainsi qu’aux phénomènes, objets ou faits qu’il observe autour de lui, ne serait-ce que par leur forme ou par leur nature, des associations d’idées spontanées ou des correspondances analogiques avec quelque chose d’abstrait ou d’absent. 

Ce sont ces correspondances ou ces associations qu’on appelle « symbole ». Il s’agit souvent d’objets ou d’images qui évoquent parfois, dans notre imaginaire, des valeurs magiques, mystiques, divinatoires et surnaturelles. Lorsque l’analogie est naturelle avec l’objet auquel elle se rapporte, le symbole est habituellement plus facile à saisir. 

L’Arbre n’a pas échappé aux règles du sens et de la signification car il renferme à lui seul des thèmes symboliques parmi les plus riches et les plus répandus. On peut distinguer chez lui plusieurs interprétations symboliques qui gravitent à peu près toutes autour de l’idée du Cosmos vivant, autour de notre planète en perpétuelle régénérescence. En effet, sa nature cyclique (ex. mort et régénération des organes, des individus, d’un peuplement ou d’une forêt entière; changements dans le feuillage au fil des saisons) en fait un symbole par excellence de la vie en pleine évolution. De plus, sa verticalité aérienne et souterraine ne symbolise-t-elle pas l’ascension vers le ciel et la descente aux enfers? 

Notre perception visuelle ou imaginaire de l’Arbre répond peut-être à celle de son mystère en nous. Parce qu’il participe entre le visible et l’invisible, que ce soit physiquement ou par abstraction, l’Arbre impose un questionnement éternel. Sa puissance ou sa fragilité sont la nôtre. Être comme un arbre, n’est-ce pas être fort et solide comme un chêne. Juste le fait de penser que l’on puisse épouser son tronc et ses feuilles, constitue autant d’invitations à épouser notre corps, notre énergie intérieure et nos pensées. 

L’Arbre représente donc notre destin soudé dans une seule vie, et pourtant divergent en mille branches. Nous ne pouvons échapper à l’Arbre pas plus qu’à nous-mêmes. Si l’Arbre est notre reflet, c’est qu’il nous ressemble dans sa diversité la plus extrême. À cet égard, la façon dont nous entretenons les arbres et les forêts ne correspond-t-elle pas à l’image que nous avons de nous-mêmes comme société? À l’image que nous offrons aussi aux étrangers qui viennent nous visiter? 

Notre attachement à l’Arbre, c’est l’attachement et le désir qui nous nouent littéralement à cette planète: comme si notre destin ou notre présence sur la Terre consistait précisément à comprendre ce qu’il y a d’étrange et d’inexprimable dans nos enracinements. C’est-à-dire être capables de vibrer sous le vent, de nous courber dans la tempête et de résister sans briser, d’entendre ou sentir la vibration entre le Ciel et la Terre et de percevoir l’énergie formidable qui monte et descend entre les racines et la cime de l’Arbre. 

L’Arbre met en relation les trois niveaux du cosmos que sont le souterrain, la surface et le milieu atmosphérique. Ses racines fouillent effectivement les profondeurs cachées du sol dans lequel elles se développent. Près de la surface, on retrouve son tronc et ses branches maîtresses et, enfin, dans les hauteurs cosmiques ou atmosphériques se balancent ses branches et ses ramures. L’Arbre réunit donc à lui seul tous les éléments, à savoir l’eau circulant dans sa sève, la terre envahie par ses racines, l’air pénétrant par ses feuilles et le feu jaillissant de son bois.

 En Chine, on considère d’ailleurs le bois comme un cinquième élément en soi.

L’arbre de vie L’Arbre est universellement considéré comme un symbole des rapports qui s’établissent entre le ciel et la terre. En ce sens, il possède un caractère central au point de faire de l’Arbre du monde un synonyme de l’Axe du monde: un ferme soutien de l’univers, un lien entre toutes les choses et un support de la terre habitée. 

Ainsi en est-il en Chine de l’Arbre Kien-Mou dont les Dieux, les esprits et les âmes empruntent le chemin dressé au centre du monde, puisqu’il possède neuf branches et neuf racines avec lesquelles il touche aux neuf cieux, c’est-à-dire aux neuf sources de vie. C’est par lui que montent et descendent les souverains: ces médiateurs entre le Ciel et la Terre. 

L’Arbre central qui, du cosmos jusqu’à l’Homme, couvre tout le champ de la pensée par sa puissance et sa présence, c’est l’Arbre de vie puisqu’il est chargé de forces sacrées dû au fait qu’il est vertical et qu’il se régénère, meurt et renaît d’innombrables fois. 

La Bible mentionne que les arbres sont créés au troisième jour, c’est-à-dire avant la vie animale qui apparaît au cinquième jour et la vie humaine, au sixième jour. Il paraît que l’Arbre de vie qui se trouvait au centre du Paradis terrestre, possédait douze fruits: un chiffre symbolique qui est signe d’un renouvellement cyclique. Cet Arbre de la Connaissance ou de la Science du Bien et du Mal, était l’instrument de la chute d’Ève et d’Adam; comme l’Arbre de vie sera plus tard celui de leur rédemption par le biais de la crucifixion de Jésus. 

À propos des aïeuls du genre humain, il est intéressant de constater que c’est par l’entremise de l’Arbre qu’ils ont pris conscience de leur vulnérabilité face à Dieu, et que c’est avec les feuilles d’un arbre qu’ils cachèrent leur nudité pour la première fois. Ces organes auraient-ils donc servi de premier vêtement pour la race humaine, bien avant la fourrure et d’autres fibres végétales? 

Le parallèle entre l’Arbre de vie et l’évolution biologique fait de l’Arbre un symbole de fertilité dont on peut encore observer des témoignages de nos jours. En effet, les jeunes femmes de certaines tribus iraniennes s’ornent parfois le corps d’un arbre tatoué dont les racines partent de leurs sexes et dont les frondaisons aboutissent aux seins. Une très ancienne coutume du bassin Méditerranéen et de l’Inde, fait en sorte qu’il est possible d’apercevoir, isolés dans la campagne et près d’une source, des arbres couverts d’une floraison de mouchoirs rouges, que des femmes stériles ont posé à leurs branches pour conjurer leur sort. 

Mais le symbolisme de l’Arbre est ambivalent en ce qui a trait au sexe. Au plan du monde phénoménal, le tronc dressé vers le ciel, symbole de force et de puissance solaire, serait le Phallus ou l’image archétypale du père. C’est particulièrement le cas des arbres au port fastigié qu’il est inutile de nommer. De son côté, l’arbre creux ou celui au feuillage dense et enveloppant dans lequel nichent les oiseaux, et qui se couvre périodiquement de fruits, évoque l’image archétypale et lunaire de la mère fertile. D’ailleurs, dans les légendes des peuples, l’abondance des arbres-pères et des arbres-mères conduit à l’arbre ancêtre dont l’image, dépouillée peu à peu de son enveloppe mythique, représente aujourd’hui l’arbre généalogique. L’Arbre est presque toujours associé à la naissance, à la généalogie ou à des cycles antérieurs de vie des individus et des communautés. C’est peut-être ce qui explique qu’on le plante aujourd’hui pour commémorer la naissance et la mort d’un être cher. 

L’Arbre de la Boddhi sous lequel, paraît-il, Bouddha atteignit l’illumination, est aussi un Arbre de vie. Une inscription sur l’un des nombreux temples d’Angkor, mentionne que ses racines sont Brahmâ, ses branches Vishnu et son tronc Shiva. Or, Brahmâ est une des principales divinités hindou. Il a été le premier dieu créé et il est le créateur de toute chose. Vishnu représente le principe même de la création du monde et Shiva, le dieu de la destruction. Nous revenons donc à la représentation de l’Arbre de vie chez l’hindou. L’association de l’Arbre de vie avec le divin se retrouve évidemment dans les traditions chrétiennes, ne serait-ce que par l’Arbre de la première ou de la nouvelle Alliance, par l’Arbre de vie de la Genèse ou par l’Arbre de la croix. Le symbole de la Croix érigée sur une montagne, au centre du monde, ramène entièrement l’image antique de l’Arbre cosmique. 

En Orient comme en Occident, l’Arbre de vie est souvent renversé. Cette conception serait attribuable au rôle du soleil et de la lumière dans la croissance des êtres, puisque le haut est source de vie et le bas l’endroit où l’Homme s’efforce de la faire pénétrer. La vie vient du ciel et pénètre dans la terre. Il est à remarquer que cette conception signifie que ses racines sont le principe même de la manifestation et ses branches, la manifestation qui s’épanouit.

Texte de Pierre-Émile Rocray, ingénieur forestier et responsable de la Maison de l’arbre du Jardin botanique de Montréal Communication présentée en février 1997 dans le cadre des déjeuners-causeries de la Société de l’arbre du Québec

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